Vincent Van Duysen

Silence habité
Chez Vincent Van Duysen, design et architecture deviennent expérience émotionnelle. Depuis plus de trente ans, l’architecte et designer belge cultive une esthétique de la retenue, où la matière brute dialogue avec la lumière et le silence. Loin d’un minimalisme froid, il revendique un art d’habiter chaleureux, presque spirituel : des espaces épurés mais habités, où architecture, mobilier et objets forment un langage total. Une quête de l’essence, au travers de sanctuaires de beauté.
Né en 1962 en Belgique, Vincent Van Duysen fonde son agence en 1989. Aujourd’hui composée d’une quarantaine de collaborateurs, elle déploie une activité transversale : architecture, design d’intérieur et création de mobilier pour de grandes marques internationales. Son approche repose sur une ambition : atteindre l’essence. Matières pures, lumière, proportions justes : tout concourt à une esthétique intemporelle, ancrée dans le réel et tournée vers le sensible.
Au fil de sa carrière, Vincent Van Duysen a reçu de nombreuses distinctions, dont l’EDIDA Award 2020 en tant que Designer d’intérieur de l’année ou plus récemment, en 2025, le prix du Meilleur Designer de l’année par le magazine Elle Décoration Espagne.

Dans vos projets, les matières premières (pierre, bois, métal) jouent un rôle central.
Que recherchez vous au-delà de leurs qualités esthétiques ?
Vincent Van Duysen : Les matériaux naturels sont au centre de mes créations. Ils insufflent un sentiment de sérénité et de complétude dans mes intérieurs ou objets. Je pense qu’une part significative de l’émotion qui se dégage de mon travail vient de la manière dont la matière s’inscrit dans l’espace et interagit avec la lumière. Le bois, le textile, le béton, la pierre : ces matériaux organiques acquièrent avec le temps une patine, une intemporalité, un caractère raffiné et chaleureux. Ensemble, ils instaurent une forme d’unité, un refuge où l’on se sent protégé, entouré de beauté, presque comme dans un sanctuaire.


Votre travail est parfois qualifié de minimaliste, voire austère, alors que vos espaces sont chaleureux et fortement sensoriels. Comment parvenez-vous à concilier rigueur formelle et atmosphère habitée ?
V. V. D. : Je ne suis pas attiré par les intérieurs minimalistes et sobres. Je veux de l’âme. Je crois que mon travail va fortement à l’encontre des idéaux sans âme et clichés du minimalisme. Mon approche consiste à dépouiller, à ôter le superflu pour atteindre le cœur même des choses. Mais je travaille avec des strates, des contrastes, afin de révéler une sensualité chaleureuse qui s’éloigne de toute rigidité et favorisant, comme vous le dites, la sensation d’une « atmosphère habitée ».
Vous revendiquez une démarche « totale », où architecture, intérieur et objet forment un tout. Comment cette vision du gesamtkunstwerk (art total) trouve-t-elle encore sa pertinence aujourd’hui ?
V. V. D. : Je pense que mon concept « d’art de vivre » reste pertinent aujourd’hui car il consiste à comprendre comment les gens habitent un espace. Il ne s’agit pas seulement de construire des volumes, mais de créer des environnements complets dans lesquels les gens peuvent vivre entourés d’art, de mobilier et d’objets.

Face aux enjeux écologiques, la notion de frugalité prend de l’importance. Cette idée de “retour à l’essentiel” influence-t-elle vos choix récents ?
V. V. D. : Pour moi, revenir à l’essentiel, c’est dépouiller, atteindre l’authenticité, la simplicité, la pureté. Dans mes projets, l'essentialisme se traduit souvent par un caractère monolithique, presque archétypal : proportions classiques, formes familières. Qu’ils soient massifs ou légers, ces espaces cherchent toujours le lien avec la nature.
Certains espaces, comme les circulations, les salles d’attente ou les sanitaires, sont souvent perçus comme secondaires. Quel regard portez-vous sur ces lieux "invisibles" ?
V. V. D. : Pour moi, aucun espace n’est secondaire. Chaque lieu, aussi discret soit-il, contribue à l’atmosphère et au rythme d’un bâtiment. Les circulations, seuils, pauses sont des moments de transition : des silences entre deux notes. Je cherche à leur apporter le même soin qu’aux pièces principales : continuité, calme, échelle humaine. L’âme d’un projet se joue autant dans ces intervalles que dans ses grands gestes.