Design stories

La Cabina de la Curiosidad

Remède architectural

Lauréats du Global Award for Sustainable Architecture 2025, Marie Combette  et Daniel Moreno Flores incarnent une autre manière de faire l’architecture : lente, enracinée, sensible. Avec La Cabina de la Curiosidad, ils développent une pratique engagée, profondément liée aux territoires, aux savoir-faire locaux et aux équilibres naturels, où bâtir devient un acte de soin autant qu’un geste poétique.

La Cabina de la Curiosidad

Fondée en 2019 à Quito par Marie Combette et Daniel Moreno Flores, La Cabina de la Curiosidad est un collectif d’architecture durable ancré dans les territoires équatoriens.

Leur approche croise ethnographie, artisanat, écologie et design, avec une attention particulière portée aux ressources naturelles, au réemploi des matériaux et aux dynamiques communautaires.

À travers des projets participatifs, ils transforment des matières locales et recyclées en architectures sensibles, en lien étroit avec les savoir-faire et les rythmes de vie des communautés.
Leur travail, à la fois expérimental et poétique, valorise la mémoire des lieux, les écosystèmes et les paysages, tout en défendant une architecture accessible, consciente et profondément humaine.

Ils ont reçu le Global Award for Sustainable Architecture 2025 et la Médaille d’Architecture - Prix Dejean 2025, et ont été nommés au Mies Crown Hall Americas Prize en 2020, 2022 et 2024.

La Cabina de la Curiosidad est née comme un laboratoire d’idées avant d’être une agence. Pouvez vous revenir sur l’origine du collectif et sur ce qui vous a réunis autour de cette aventure commune ?

Daniel Moreno Flores : Marie et moi provenons de réalités distantes : des pays, des contextes (entre le rural et l’urbain), des histoires de vie et des temporalités différentes. Mais nous partagions une même essence : le besoin d’une vie créative, poétique, ancrée dans l’action. Nous sommes portés par l’action directe, par le fait de devenir les artisans de notre propre pratique, par l’art de construire de nos mains. Nous partageons la volonté de travailler avec le recyclage, la matière naturelle, et de soutenir la culture à travers l’architecture. Avant tout, nous sommes mus par la motivation profonde de créer des espaces pour panser les plaies, à la fois sociales et écologiques.

Vous parlez d’« artilugios » (mécanismes) plutôt que de projets. Que dit ce terme de votre manière de penser l’architecture, l’usage et la place de l’humain dans l’espace ?

D. M. F. : Nous sommes des architectes au regard large, qui cherchent à comprendre le monde à travers des processus d’assimilation et de lectures critiques. Notre travail s’articule autour de notions comme la communauté, le paysage, le recyclage, les systèmes, les actes poétiques. Les "artilugios" ne sont pas des objets au sens classique : ce sont des dispositifs vivants, des mécanismes qui accompagnent l’être humain dans ses gestes, ses usages, ses mouvements. C’est une architecture qui bouge, se déplace, palpite : une architecture vivante, qui reflète le vivant.
 

La Cabina de la Curiosidad
La Cabina de la Curiosidad

Le territoire, la mémoire et les écosystèmes sont au cœur de votre démarche. Comment cette attention au contexte guide-t-elle vos choix architecturaux et constructifs ?

D. M. F. : Il est fondamental pour nous de nous imprégner de toute la connaissance qui entoure un projet, afin que l’architecture puisse émerger comme une réponse authentique aux complexités environnantes.
Nous aimons travailler avec des constellations d’idées, où les solutions architecturales révèlent les vertus déjà présentes dans le territoire et favorise son bien-être. Nous nous posons des questions profondes sur le bien commun et sur la manière dont l’architecture peut dialoguer avec les grandes crises contemporaines : la gestion des déchets, la pollution de l’eau, l’érosion de la culture, entre autres fronts critiques.

La Cabina de la Curiosidad

Votre travail revendique une économie de moyens, l’usage de ressources locales et une réflexion sur les déchets. Comment concilier, selon vous, frugalité, joie et qualité d’usage dans l’architecture contemporaine ?

D. M. F. : Nous vivons une époque traversée par des crises globales et de profondes carences sociales. Face à cela, nous considérons que l’architecture est un moyen vital pour répondre aux problématiques qui lui incombent et y apporter des réponses concrètes. Il ne suffit pas de résoudre la fonctionnalité : l’acte architectural suppose aussi de prendre position face aux réalités les plus délicates et de s’y engager activement.
Pour chaque commande, nous proposons une double réponse : l’une répond au besoin intime de l’habitant, l’autre apporte une solution sociale, environnementale et culturelle.
Nous concevons l’architecture comme un outil combatif et revendicatif, capable de soutenir des processus fragiles mais profondément nécessaires.

La Cabina de la Curiosidad

Vous avez récemment reçu le Global Award for Sustainable Architecture 2025 et la Médaille d’Architecture - Prix Dejean 2025. Que signifient ces distinctions pour vous, et que disent-elles de votre engagement ?

D. M. F. : Recevoir ces distinctions nous motive à poursuivre avec détermination une architecture tournée vers le bien public : une discipline pour la citoyenneté, pour tous, capable de transformer l’humanité.
Notre engagement se confirme dans la création de projets qui questionnent l’existant pour construire un futur en harmonie avec le territoire, ses habitants, la mémoire collective, la culture et l’environnement. Et surtout, créer des espaces qui ne se contentent pas de fonctionner, mais qui apaisent, qui réparent, qui apportent de la joie. Une architecture qui soigne autant qu’elle abrite.